Boîte à outils retraite · Mis à jour le 11 juin 2026
Carrière longue : pourquoi certains de vos salariés partiront avant l'âge légal
Vous planifiez les départs en retraite sur l'âge légal, et un salarié vous annonce qu'il part dans six mois, trois ans plus tôt que prévu. Ce scénario a un nom : la retraite anticipée pour carrière longue, qui ouvre un départ entre 58 et 63 ans aux salariés entrés tôt dans la vie active. C'est le dispositif que les RH subissent sans le voir venir, parce que rien dans votre dossier du personnel ne permet de le détecter. Des réflexes simples permettent pourtant de l'anticiper.
Les bornes en un tableau : des départs possibles entre 58 et 63 ans
Plus le début d'activité est précoce, plus le départ peut être avancé. Les bornes en vigueur :
| Début d'activité | Trimestres exigés en début de carrière | Départ possible |
|---|---|---|
| Avant 16 ans | 5 trimestres avant la fin de l'année civile des 16 ans | Dès 58 ans |
| Avant 18 ans | 5 trimestres avant la fin de l'année civile des 18 ans | Dès 60 ans |
| Avant 20 ans | 5 trimestres avant la fin de l'année civile des 20 ans | Entre 60 et 62 ans selon la génération |
| Avant 21 ans | 5 trimestres avant la fin de l'année civile des 21 ans | Dès 63 ans |
Dans tous les cas, la durée d'assurance cotisée complète reste exigée (le détail des conditions est dans la section suivante). Sur la borne « avant 20 ans », les paliers exacts, génération par génération, viennent d'être réajustés par le décret n° 2026-345 du 7 mai 2026 pour tenir compte de la suspension de la réforme des retraites de 2023, et s'appliquent aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. L'ordre de grandeur, entre 60 et 62 ans, reste valable ; pour la date exacte, seul un bilan individuel tranche.
Deux conditions cumulatives dans tous les cas : 5 trimestres validés avant la fin de l'année civile des 16, 18, 20 ou 21 ans (4 pour les nés d'octobre à décembre), et la durée d'assurance cotisée complète exigée pour la génération (169 à 172 trimestres). La ligne « avant 18 ans » est celle de Martin, entré en apprentissage à 16 ans.
Martin, 58 ans, apprenti à 16 ans : la ligne qui le concerne
Technicien dans l'entreprise de Nathalie, 22 ans d'ancienneté. Entré en apprentissage à 16 ans, il avait validé ses 5 trimestres bien avant la fin de l'année de ses 18 ans. S'il réunit sa durée cotisée, il peut partir dès 60 ans, là où le tableau de bord RH le faisait travailler jusqu'à l'âge légal. Trois à quatre ans d'écart sur un poste clé, c'est toute une transmission à reconstruire dans l'urgence.
- 16 ansembauche supposée à l'âge légal
- 62 ans 9 moisdépart projeté
- 16 ansapprentissage
- avant 18 ans5 trimestres validés
- dès 60 ansdépart possible
Le principe : ceux qui ont commencé tôt partent plus tôt
La retraite anticipée pour carrière longue permet à un salarié qui a commencé à travailler avant 21 ans de liquider sa retraite avant l'âge légal de droit commun. Deux conditions doivent être réunies : avoir validé 5 trimestres avant la fin de l'année civile de ses 16, 18, 20 ou 21 ans (4 trimestres suffisent pour les personnes nées entre octobre et décembre), et totaliser la durée d'assurance cotisée exigée pour sa génération, de 169 à 172 trimestres selon l'année de naissance (172 dès la génération 1966), soit plus de 42 ans de cotisation effective.
Ce départ est un droit ouvert par le seul parcours du salarié, indépendant de toute décision de l'entreprise. Le salarié n'a aucune autorisation à demander, et aucun préavis spécifique au-delà des règles habituelles de départ volontaire à la retraite. Le salarié qui veut vérifier son éligibilité peut consulter notre page sur le départ anticipé pour carrière longue.
L'angle mort : ce que votre dossier du personnel ne contient pas
La donnée qui déclenche tout, le relevé de carrière, ne vous est pas accessible, et c'est normal : c'est une donnée personnelle du salarié, consultable par lui seul sur son compte retraite. Votre SIRH connaît l'historique du salarié chez vous ; il ignore l'apprentissage chez un autre employeur, les jobs d'été, le service national, les périodes cotisées avant l'embauche. Tout ce qui fait une carrière longue se joue avant que le salarié n'entre dans vos effectifs.
Seul le relevé de carrière, donnée personnelle du salarié, ou un bilan retraite construit dessus, éclaire la partie gauche, là où se décide la date de départ.
Le salarié lui-même n'est pas toujours au clair : beaucoup découvrent leur droit au départ anticipé à 56 ou 57 ans, en consultant leur relevé pour la première fois, et l'annoncent à leur employeur dans la foulée. Seul un bilan retraite, construit sur le relevé réel du salarié, révèle sa date de départ possible. Votre pyramide des départs cesse alors d'être une supposition.
Ce que ça change pour l'entreprise
Votre pyramide des départs théorique suppose que tout le monde part à l'âge légal, aujourd'hui gelé à 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 à début 1965. Elle surestime systématiquement le temps qu'il vous reste. Environ 8% des salariés ont 58 ans et plus (DARES, ordre de grandeur) ; parmi eux, ceux qui sont entrés tôt dans la vie active partiront avec deux à quatre ans d'avance sur vos prévisions. Sur une PME de 80 salariés, deux ou trois départs anticipés non vus suffisent à désorganiser un atelier ou un service. La carrière longue n'est d'ailleurs pas le seul angle mort : les autres retraites anticipées (incapacité permanente, C2P, handicap) peuvent avancer encore d'autres départs.
Le calendrier légal des entretiens aggrave le décalage. Le premier entretien de fin de carrière doit être organisé dans les 2 ans précédant le 60e anniversaire du salarié. Pour un salarié en carrière longue qui peut partir à 60 ans, cet entretien arrive au moment où sa décision est déjà prise, voire après son départ s'il part à 58 ans. C'est l'entretien de mi-carrière, vers 45 ans, qui devient le bon moment pour repérer ces profils : à cet âge, un salarié entré en apprentissage à 16 ans a déjà presque 30 ans de cotisations derrière lui.
Trois réflexes pour reprendre la main
- Repérez les profils entrés tôt : apprentissage, CAP, BEP, premier emploi avant 20 ans. Le CV d'embauche et le dossier du personnel donnent des indices fiables, sans rien demander d'intrusif.
- Posez la question du début de carrière lors des entretiens de fin de carrière, et dès la mi-carrière pour les profils repérés. La règle est simple à énoncer : « vous avez commencé avant 21 ans, vous avez peut-être droit à un départ anticipé ; voulez-vous le vérifier ? »
- Proposez un bilan retraite aux salariés concernés. Le salarié y gagne sa date exacte et ses scénarios chiffrés ; vous y gagnez une pyramide des départs réelle et le temps d'organiser la transmission.
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